Témoignage de J

29 juin 2021

Mon cas est un peu atypique, mais j’ai décidé de le partager malgré tout. Les abus ont commencé lorsque j’étais un petit garçon de trois ans. Ma gardienne, début quarantaine, me faisait visionner des films pornographiques quand j’étais chez elle. J’étais un enfant curieux, mais je savais quelque part en moi qu’il y avait une certaine interdiction. Puis, cette même gardienne m’a appelé un jour de sa salle de bain. Nue dans sa baignoire pleine de mousse, elle m’a prise dans ses bras et m’a plongé dans l’eau tout habillée. Dans ma tête, tout s’est arrêté là. Un blocage de mémoire.

Vers mes cinq ans, deux filles à peine un peu plus âgées que moi ont décidé chacune de leur côté de « m’apprendre à leur faire l’amour ». Elles savaient tant de choses, par exemple que mon sexe allait dans le leur — ce qu’elles me forçaient à faire — que je devine qu’elles étaient sûrement victimes d’abus sexuels, voire même d’inceste.

L’une d’elles a tenu à avoir avec moi des expériences répétées jusqu’à mes onze ans. Je savais déjà par contre que mon orientation sexuelle ne me guidait pas vers les femmes et ces expériences forcées me devenaient encore plus pénibles, dégoûtantes. Si ces actes ont cessé à ce moment-là, c’est que je me suis enfin levé pour m’affirmer et dire que, NON, je ne voulais pas. Pour la première fois depuis tout ce temps, je n’étais plus paralysé.

J’ai pris beaucoup de temps à comprendre l’effet que ces abus ont eu sur moi, ma confiance, mon intimité et ma santé mentale. J’ai dû apprendre à m’écouter, me respecter davantage au lieu de subir sans pouvoir bouger. Je crois qu’il est aussi important de témoigner. Pas juste pour nous, mais pour les autres qui ne savent pas encore s’exprimer. Pour le moment, il semble que ce soit la meilleure prévention possible.

-Campagne de sensibilisation, 2020

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